Le récit est très envoûtant ; les commentaires historiques et géographiques sont appréciables et les anecdotes très savoureuses. Ce livre retrace la traversée de l’Asie par deux jeunes en 2CV, cette aventure va leur permettre de découvrir le monde de leurs propres yeux et en retracer dans cet ouvrage les sentiments et les anecdotes. La plus formidable est tout de même la récupération d’un châssis dans les fondations d’un garage de Kaboul qui était là depuis plus de trente ans : elle ira sûrement dans les annales ! les bananes dans le moteur de Séguéla en plein désert de d’Acatama au Chili ou la récupération à plus de 10m de profondeur dans le port de Mazatlàn au Mexique de Caroline, la 2CV de Ch Gallissian. Edouard et Jean Baptiste sont sans nul doute dans la lignée de Séguéla, Cornet et Lochon. Et j’espère qu’ils auront encore d’autres aventures de ce genre à nous raconter, en 2CV de préférence… Je ne pensais pas que l’on pouvait encore vivre de telles aventures de nos jours, je pensais que cela était réservé aux aventuriers des années 50 à 70 ! Mais non, ils nous démontrent l’inverse : qu’avec beaucoup d’audace, de l’envie, des idées et la foi, cela est encore possible et tant mieux ! Bucéphale est le nom qu’ils ont donné à leur 2CV, elle joue un rôle primordial dans cette aventure, ils lui en font voir de toutes les couleurs…. ils la comparent au « Bambou, éternellement vert, qui plie mais ne rompt pas » mais elle leur rend bien ! Jusqu’au bout du voyage, elle reste le personnage le plus valeureux car elle finira son chemin clopin-clopant avec une roue à l’horizontal qui ne leur permet plus que de tourner dans une seule direction mais grâce à elle, ils pourront parcourir les 16000km, je ne dirai pas sans encombre bien au contraire et comme ils le disent Voyager en 2CV, c’est découvrir le monde par les garages. Tous ceux qui comme moi sont déjà partis en voyage savent bien que les pannes sont une forte valeur ajoutée sur les récits de voyage et eux, ils font plutôt fort sur la valeur ajoutée : Roumanie : lobotomie de la 2CV, Le châssis à Kaboul, et un accident au Cambodge etc.… .Mais nous le savons bien, ils sont partis avec plus qu’une voiture et cela leur a permis de rencontrer l’esprit de la 2CV Partout dans le monde, l’esprit de cette voiture est répandu . « L’esprit deuchiste » : la simplicité, l’entraide et la convivialité. … c’est une formidable tribu, une chaîne de solidarité mécanique toujours prête pour un coup de manivelle. Elle fut pour eux un passeport sans pareil, une ouverture sur l’extérieur. Avec un véhicule plus robuste et plus conventionnel, ils auraient fait un voyage alors que là ils ont vécu une aventure ! Leur départ me semble un peu pressé et leur connaissance en mécanique avant le départ bien sommaire mais qu’à cela ne tienne, ils compenseront par leur imagination, leur vécu et surtout par leur envie de marcher sur les traces de Guy de Larigaudie et de Roger Drapier qui furent les premiers à faire la liaison terrestre entre l’Europe et l’Asie du Sud-est dans les années trente qu’ils relatent dans La route aux aventures. Cet ouvrage que Edouard et JB avait découvert dans leur jeunesse (Si, on peut dire cela : ils n’ont que 25 et 27 ans) a été pour un guide touristique et humain formidable. Paris Saigon ouvre aussi les yeux sur les pays que l’on imagine différents de la réalité tels que l’Iran ou l’Afghanistan qui montrent bien que l’âme d’un pays, ce n’est pas les dirigeants qui la donne mais que ce sont les habitants. En outre, c’est très réconfortant aux vues de l’actualité de ces dernières années de se rendre compte, comme le faisaient Caroline et Geneviève dans Vacances en Iran en 1961, que la tolérance et l’ouverture d’esprit pour l’étranger est toujours d’actualité et que les extrémistes ne sont que la partie émergée de l’iceberg et que l’autre partie qui reste dans l’ombre –elle est d’ailleurs nettement plus grande et formidable- est ouverte. Ils nous ouvrent les yeux également sur cette Inde surpeuplée et idéalisée pour nous autres occidentaux ; ils nous montrent que ce pays de plus en plus peuplé s’enfonce dans la souffrance, un in humanisme douloureux et la violence. La traversée de ce pays leur a fait découvrir plus qu’un pays, il leur a fait découvrir ce qu’ils avaient au plus profond d’eux-mêmes. Après l’Inde et le Bengladesh, ils sont malheureusement obligés de prendre l’avion pour passer la Birmanie et donc de mettre Bucéphale dans un cargo sans être sûrs de la retrouver à leur retour. Il est tout de même dommage que de nos jours, il y ait encore des frontières infranchissables alors que dans les années 30 toute la traversée avait pu être faite par la route. Ces frontières ont même failli mettre fin à leur équipée mais pour aller jusqu’au bout, ils n’hésiteront pas à passer sans autorisation, car quelques fonctionnaires bien placés dans les autres sphères des consulats n’ont pas dénié se donner un peu de mal pour deux jeunes aventuriers sans autre but que d’aller aux bouts de leur utopie, attendant un signe de leur part pour continuer leur aventure. Mais qu’à cela ne tienne, ils ont pris leur destin en main et ont pu aller jusqu’au bout d’une formidable épopée.
Cette aventure leur a permis de voir de magnifiques paysages mais surtout de croiser le chemin de personnes toujours aussi formidables que le garagiste Roumain qui leur a lobotomisé leur 2CV, ce vieil homme qui leur ouvre la route en Afghanistan, trois Gendarmes français rencontrés sur leur trajet qui n’ont pas pu verbaliser tellement les infractions aux codes de la route de la 2CV étaient trop importantes, les trois Sadhous, cet Instituteur Tibétain Dsantzé, Tapan l’homme chasseur de miel qui leur a donné les clés de sa maison à Calcutta, Chuan le petit Tay qui les dorlote lorsqu’ils sont malades, ce vieux Cambodgien pour qui la 2CV rappelle des souvenirs du Colonialisme ou encore cette rencontre avec le frère de Kim Puch, cette petite fille brûlée par les bombes américaines en 1971 dont la photo est restée célèbre. Mais toutes ces rencontres leur ont montré que dans tout le monde il y a des personnes de grandes valeurs et que la seule solution pour se rendre compte que le monde est beau, c’est de se rendre au quatre coins du monde !
Ce livre donne vraiment envie de suivre leur trace et j’espère pour eux, et pour nous tous que dans plusieurs dizaines d’années d’autres jeunes se rendront à Saigon sur leur trace et découvriront des personnes comme ceux qu’ils ont rencontrés « si cela existe encore » mais il ne faut après être trop pessimiste ! Le monde est beau, il faut partir à sa découverte et quel plus beau passeport que la 2CV ! En tout cas, encore mille mercis à eux deux pour ce magnifique récit qui me redonne envie de prendre la route ou plutôt la piste...
Je finirai par une citation tirée du livre
Partir en voyage, c’est réagir. Réagir contre le risque du scepticisme. Réagir pour qu’au contact du monde réel, l’intelligence soit en accord avec la vérité du cosmos, la vérité de l’être humain

Pour les paresseux, on peut retrouver leurs aventures sur un DVD de 2CV expert. Mais ça serait vraiment dommage car le livre est encore plus beau : il laisse une part à l’imagination (Le seul passage que l’on ne retrouve pas dans le livre c’est la « dextérité » avec laquelle ils transforment la 2CV en cabriolet. Edouard m’a fait un peu peur avec la disqueuse dans les mains.)

Si un jour, Edourd ou Jean-Baptiste, vous lisez ces lignes, je serai ravi de rentrer en contact avec vous. !!!

Eric des Vosges

Paris Saigon

Edouard Cortès et Jean-Baptiste Flichy

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